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Fantasmes

Fantasmes féminins les plus courants : ce que dit la mesure

12 octobre 20269 min de lecture

Une étude de référence a classé cinquante-cinq fantasmes par fréquence déclarée. Elle dit surtout une chose que les listes recopiées ignorent : la quasi-totalité de ce qu'on croit rare est en réalité répandu.

L'étude de référence sur le sujet a été menée par Christian Joyal, Amélie Cossette et Vanessa Lapierre, et publiée dans le Journal of Sexual Medicine. Elle porte sur 1 517 adultes — 799 hommes et 718 femmes, d'âge moyen trente ans — à qui une liste de cinquante-cinq fantasmes a été soumise.

Le résultat principal n’est pas une liste

L'apport de ce travail n'est pas le classement, c'est le seuil. Les auteurs ont proposé de définir comme statistiquement inhabituel ce qui est déclaré par 15,9 % ou moins des répondants, et comme typique ce qui l'est par plus de 84,1 %.

Appliqué à leur liste, ce critère produit un constat net : très peu de fantasmes sont réellement rares. L'immense majorité de ceux que l'on croit marginaux sont déclarés par une part substantielle des personnes interrogées — ce qui déplace entièrement la question de la normalité.

Est statistiquement inhabituel ce qui est déclaré par 15,9 % ou moins. À ce compte, presque rien ne l’est.

Joyal, Cossette et Lapierre

Ce que l’étude établit chez les femmes

Les thèmes de soumission — être attachée, être contrainte dans un scénario, recevoir une fessée — sont déclarés par une part allant de 30 à 60 % des femmes interrogées selon l'item considéré. C'est l'un des résultats les plus constamment repris, et le plus souvent déformé.

La précision du lieu constitue un autre ensemble significatif : environ 27 % des femmes mentionnent un lieu déterminé dans leur fantasme favori, dont une part pour des endroits privés inhabituels. Le cadre compte donc autant que l'acte, ce que les listes thématiques ne font jamais apparaître.

Deux précautions de lecture s'imposent. L'échantillon est québécois et d'âge moyen trente ans : il ne décrit pas une population mondiale. Et les réponses sont déclaratives, donc sensibles à ce qu'on accepte d'écrire — l'écart avec la réalité va plutôt dans le sens d'une sous-déclaration.

Ce que la soumission veut dire dans une enquête

C'est le point le plus mal repris, et il mérite d'être précisé. Un fantasme de soumission est, par définition, un scénario entièrement sous contrôle de la personne qui l'imagine : elle en écrit les règles, en fixe les limites et l'arrête quand elle veut. C'est l'inverse exact d'une situation subie.

Confondre les deux conduit à deux erreurs symétriques. Celle qui consiste à lire un désir réel de contrainte là où il n'y en a pas ; et celle qui consiste, pour la personne concernée, à s'inquiéter de ce que son imaginaire dirait d'elle. L'imaginaire ne fonctionne pas comme la volonté, et un fantasme n'est pas un projet.

Macro de dentelle posée sur un tissu plié, lumière rasante
Le cadre compte autant que l’acte : 27 % des femmes mentionnent un lieu précis.

Pourquoi les listes de magazine se trompent

Trois biais les rendent inutilisables. Elles classent par spectacle plutôt que par fréquence : un fantasme rare mais marquant occupe la première place, un fantasme banal et très répandu n'y figure pas. Elles confondent fantasme et pratique, alors que l'étude mesure l'imaginaire et non ce qui est réalisé.

Et elles présentent une liste comme une norme : en numérotant, elles suggèrent un classement auquel se comparer, là où les données montrent une dispersion. Le chiffre de 41 % de femmes n'appréciant qu'un seul type de toucher, mesuré dans une autre enquête, dit la même chose pour les gestes : la moyenne ne décrit personne.

Fantasme et envie de réalisation

L'étude distingue explicitement les deux, et c'est l'un de ses apports pratiques : déclarer un fantasme et souhaiter le vivre sont deux questions différentes, et les réponses divergent nettement pour une partie des items.

Un fantasme peut fonctionner parce qu'il reste imaginaire : l'absence de conséquence, de négociation et d'imprévu fait partie de ce qui l'alimente. Le transposer tel quel déçoit souvent, non par manque d'audace mais parce qu'on retire ce qui le faisait tenir.

Comment l’étude a été construite

La méthode explique pourquoi ce travail fait référence et pourquoi ses chiffres se lisent avec précaution. Les auteurs ont soumis à chaque participant une liste de cinquante-cinq fantasmes formulés explicitement, en demandant pour chacun s'il avait déjà été imaginé, puis s'il était souhaité dans la réalité.

Deux choix méthodologiques comptent. D'abord la liste fermée : elle permet de comparer les réponses entre participants, mais elle ne mesure que ce qu'elle propose — un fantasme absent de la liste est absent des résultats. Ensuite le double questionnement, imaginé puis souhaité, qui est l'apport le plus utile de l'étude et le plus rarement repris.

L'échantillon compte 1 517 adultes — 799 hommes et 718 femmes — d'âge moyen trente ans, recrutés au Québec. Ce n'est ni un échantillon probabiliste national ni une population mondiale : les proportions décrivent ce groupe, et leur intérêt est le classement relatif plus que la valeur absolue.

Les quatre familles qui ressortent

Au-delà des items pris un par un, les scénarios déclarés se regroupent en quelques ensembles. Les nommer est plus utile qu'un classement, parce que c'est à ce niveau que les réponses se ressemblent.

Les scénarios de rapport de force, dans les deux sens : être contrainte dans une mise en scène, ou mener. Ils sont très largement déclarés, et la part de 30 à 60 % relevée chez les femmes pour les items de soumission en fait l'ensemble le plus représenté.

Les scénarios de cadre : un lieu précis, un moment, un risque d'être vu. Environ 27 % des femmes interrogées mentionnent un lieu déterminé dans leur fantasme favori, ce qui en fait un ensemble à part entière et non un détail de décor.

Les scénarios à plusieurs, qui recouvrent des configurations très différentes — observer, être observée, un troisième partenaire — et dont l'agrégation dans les listes de magazine est précisément ce qui rend leurs classements incomparables.

Les scénarios de transgression sociale : l'interdit de rôle, de statut, de situation. Leur ressort est l'obstacle, pas l'acte, ce qui explique qu'ils fonctionnent dans l'imaginaire sans correspondre à aucun projet.

Ce que les reprises médiatiques ont déformé

Trois déformations reviennent dans les articles qui citent cette étude, et elles sont faciles à repérer.

Le seuil devient un palmarès. L'apport des auteurs est un critère statistique — inhabituel sous 15,9 %, typique au-dessus de 84,1 % — et non un classement des fantasmes par ordre de fréquence. Transformer le second en premier fait disparaître le résultat principal, qui est que presque rien n'est rare.

Le fantasme devient une pratique. L'étude mesure l'imaginaire, et distingue explicitement le souhait de réalisation. Les reprises qui annoncent une proportion de femmes « qui pratiquent » tel ou tel scénario lisent un chiffre pour un autre.

L'échantillon disparaît. Les proportions sont citées comme nationales, voire universelles, alors qu'elles proviennent d'un groupe québécois d'âge moyen trente ans. C'est la précaution la plus simple à vérifier dans un article : s'il ne dit pas d'où viennent les chiffres, il les a recopiés.

Ce qu’on ne sait pas

Trois questions restent sans réponse mesurée, et il est plus honnête de le dire que de combler.

L'évolution dans le temps. Aucune série comparable ne permet de dire si les fantasmes déclarés changent d'une génération à l'autre. Les affirmations sur une transformation récente de l'imaginaire ne reposent sur aucune mesure répétée.

Les causes. L'étude mesure des fréquences, pas des origines. Aucune explication causale ne fait consensus, et les théories qui circulent ne sont pas départagées par les données.

L'effet des représentations. On ne sait pas démêler ce que l'imaginaire doit aux images consommées et ce qui l'en rend demandeur : la question est posée depuis longtemps et n'est pas tranchée.

En parler, ou non

Rien n'oblige à partager, et une part de l'imaginaire gagne à rester privée. Pour qui souhaite en parler, l'étude fournit un argument utile : la plupart des fantasmes sont statistiquement répandus, ce qui retire beaucoup à la crainte d'être seule à les avoir.

Reste l'obstacle pratique, qui n'est pas la honte mais la trace : ce qui est dit à un proche est entendu par quelqu'un qui restera là ensuite. C'est pourquoi beaucoup formulent d'abord ailleurs — par écrit, auprès d'un professionnel, ou sur une ligne comme en parler à quelqu'un où l'interlocuteur n'a ni visage ni suite. Ce détour ne remplace pas la conversation ; il permet souvent de la préparer.

Et chez les hommes, par comparaison

L'étude a interrogé les deux sexes — 799 hommes et 718 femmes — et la comparaison est l'un de ses apports les moins repris. Deux constats en ressortent, et ils vont à l'encontre des représentations courantes.

Les thèmes se recouvrent largement. Les grandes familles — rapport de force, cadre précis, configurations à plusieurs — sont déclarées par les deux groupes, et les différences portent sur les proportions plutôt que sur la nature des scénarios. L'idée de deux imaginaires séparés ne résiste pas à la lecture des résultats.

Les scénarios de soumission sont déclarés par les deux sexes, et pas seulement par les femmes. C'est le point que les reprises médiatiques effacent le plus systématiquement, parce qu'il contredit la répartition des rôles qu'elles supposent.

Reste une asymétrie documentée ailleurs : la disposition à déclarer n'est pas la même selon le sexe et selon le thème, ce qui biaise toute comparaison fondée sur des réponses volontaires. Les écarts mesurés mélangent donc des différences d'imaginaire et des différences d'aveu, sans qu'on puisse les séparer.

À quoi sert de connaître ces chiffres

Pas à se comparer : une moyenne ne décrit personne, et se situer par rapport à une proportion n'apprend rien sur sa propre vie. Leur utilité est ailleurs, et elle est double.

Ils retirent l'argument de l'anormalité. C'est le frein le plus cité quand il s'agit de parler d'un fantasme à quelqu'un : la crainte d'être seule à l'avoir. Le seuil de 15,9 % montre que cette crainte est, statistiquement, presque toujours infondée.

Ils séparent l'imaginaire du projet. En mesurant distinctement le fantasme et le souhait de le vivre, l'étude fournit l'argument qui manque le plus souvent dans la conversation : déclarer un scénario n'est pas formuler une demande, et les deux questions ont des réponses différentes.

Questions fréquentes

Quels sont les fantasmes féminins les plus courants ?

L'étude de référence place très haut les scénarios de soumission, déclarés par 30 à 60 % des femmes interrogées selon l'item, et relève l'importance du lieu, mentionné par environ 27 % d'entre elles. Mais son résultat principal est ailleurs : presque aucun fantasme n'est statistiquement rare.

Un fantasme de soumission est-il inquiétant ?

Non. C'est un scénario entièrement sous contrôle de la personne qui l'imagine, ce qui est l'inverse d'une situation subie. Sa fréquence dans les enquêtes est par ailleurs élevée.

Faut-il réaliser ses fantasmes ?

L'étude sépare déclarer un fantasme et vouloir le vivre, et les réponses divergent nettement. Une partie de l'imaginaire fonctionne précisément parce qu'il reste imaginaire.

Pourquoi a-t-on des fantasmes ?

Aucune explication causale ne fait consensus. Ce qui est établi est leur fréquence : ils sont très répandus, et c'est le principal résultat de la recherche sur le sujet.

Sources

Dans ce recueil