Marine, créatrice de Balance ton Utérus, est une jeune femme engagée qui milite contre les violences gynécologiques et obstétricales (VOG) via son compte Instagram en donnant la parole aux femmes qui nous racontent leurs histoires.

Que ce soit à travers des témoignages sous forme de messages anonymes poignants ou de vidéos à visages découverts, parce que ces femmes n’ont rien à cacher, Marine a souhaité instaurer un espace bienveillant pour permettre aux victimes de VOG de s’exprimer afin de dénoncer ces tabous encore trop présents dans le milieu médical.

Une maman engagée qui se bat contre les VOG

Marine, qui est content manager et créatrice de site web dans le digital, mais aussi co-fondatrice de ludygame, est avant tout une jeune femme de 22 ans qui a décidé de faire bouger les choses avec sa page Balance Ton Utérus afin de briser le silence qui entoure ces pratiques loin d’être isolées et dont on n’ose pas toujours parler.

C’est à la suite de VOG qu’elle a subi lors de sa grossesse et de son accouchement, il y a bientôt deux ans, que Marine a décidé de ne plus se taire afin de questionner sur la place de la femme lorsqu’elle donne naissance à son enfant, mais aussi bien avant, lorsqu’elle souhaite « juste » une contraception adaptée par exemple.

A travers son compte, Marine nous partage des témoignages de femmes ayant subies des violences physiques ou psychologiques dans le cadre d’une consultation, d’un examen (de routine ou plus approfondi), de la pose (ou dépose) d’un DIU ou encore d’un avortement. Des situations durant lesquelles nous sommes particulièrement vulnérables, souvent infantilisées et/ou jugées dans notre plus stricte intimité.

Nous avions collaboré ensemble l’année dernière afin de dénoncer certains comportements, loin d’être professionnels, qui ont pour but de culpabiliser les (jeunes) femmes ou de remettre en question leur choix de contraception sans émettre parfois de raisons valables. Beaucoup de femmes ne se sentent pas écoutées, elles se retrouvent mal informées et surtout désemparées.

Parce que son histoire est difficile à entendre…

Lors de notre première rencontre, Marine a accepté de me parler de son histoire, qui m’a profondément choquée, en plus de me mettre en colère. Au fur et à mesure de son récit, je me souviens m’être demandée comment certains comportements déplacés ou actes de violence pouvaient avoir lieu dans l’indifférence la plus totale, sous prétexte que cela se passe dans un cadre médical.

« On m’avait dit : Quand tu auras ton enfant dans les bras, tu oublieras tout. Mais non pas du tout, même si j’aime profondément mon fils. »

Balance Ton Utérus est avant tout une thérapie pour Marine qui n’est pas retournée voir un.e gynécologue depuis la naissance de son fils à cause de ce qu’elle a subi. Tout d’abord, il y a cette petite phrase cinglante qu’une sage-femme lui glisse en plein travail dans cette petite salle, « Votre rôle de mère ne vous tient pas vraiment à coeur. », car Marine n’a pas été assidue au cours de préparation à l’accouchement.

Puis cette scène aberrante où Marine demande un haricot pour vomir entre deux contractions, la sage-femme lui répond qu’elle n’en a plus. Marine se vomit donc dessus et se fait aussi pipi dessus. Elle reste ainsi pendant plus d’une heure sans qu’on ne vienne la nettoyer car les infirmières sont trop occupées.

On l’emmène ensuite en salle de travail, avec un drap (enfin), un interne arrive pour lui faire sa (première) péridurale, il se loupe, mais c’est apparemment de sa faute « Vous avez bougé ». S’en suit un autre anesthésiste et une deuxième péridurale qui, elle, fonctionnera. Les contractions reprennent de plus belle après deux heures, Marine demande alors la sage-femme pour savoir si « c’est normal ».

Celle-ci est à l’entrée, elle discute avec sa collègue de ses dernières vacances, laissant Marine avec ses doutes. Lorsqu’elle revient, ça y est on lui demande de pousser ! Entre temps on lui a administré de l’ocytocine de synthèse pour accélérer le travail. Mais Marine ne sent plus son bassin, il est paralysé. On lui appuie donc sur son ventre, sans son consentement, ça s’appelle l’expression abdominale et c’est pourtant déconseillée par la Haute Autorité de Santé depuis 2017 qui recommande “l’abandon de cette pratique” au profit de l’utilisation d’un forceps par exemple.

Enième culpabilisation alors que Marine est dans un état des plus vulnérables : « Mademoiselle, vous faites n’importe quoi ! Vous mettez la vie de votre bébé en danger, son coeur ralentit c’est de votre faute ! » A minuit, un gynécologue est appelé en urgence, il utilise une ventouse pour sortir le bébé, tout se déchire alors à l’intérieur, mais le bébé est sorti. On recoud d’abord Marine à vif avant d’appeler un anesthésiste pour terminer le travail.

A la fin de l’opération, Marine se retrouve avec deux tampons de 25 cm chacun et une sonde urinaire. Elle n’a pas le droit de s’asseoir, elle est exténuée, vidée et profondément choquée par ce qu’elle a subi durant ces dernières heures. A tel point que le lendemain, elle n’aura pratiquement pas la force de donner le sein à son fils, c’est son mari qui tient son bébé. S’en suivra un long combat pour faire reconnaître ce qu’il s’est passé, mettre des mots sur ses maux et réaliser que ce qu’elle a vécu ne devrait arriver à aucune femme.

L’interview de Marine :

1. Marine, peux-tu nous en dire plus sur les débuts de Balance Ton Utérus ?

J’ai créé le compte en Avril 2019. J’ai fait un appel aux témoignages sur les réseaux sociaux pour justement commencer ce travail de dénonciation. Malheureusement, j’en ai reçu beaucoup d’un coup et en les lisant je me suis sentie comme paralysée. J’espérais au fond de moi ne pas en recevoir et me dire « Bon c’est juste moi qui n’est pas eu de chance. »

D’avril à juillet, je n’ai donc quasiment rien publié. Le compte était inactif. Finalement ça avait remis une couche sur mes traumatismes. Puis lors de mes vacances, j’étais sur la plage, je me suis assoupie et j’ai rêvé (enfin cauchemardé) de mon accouchement. Je me suis réveillée et je me suis dit « Non c’est pas possible STOP ». Même en vacances je ne pense qu’à ça. Même sur la plage où je devrais être reposée, en famille et heureuse je cauchemarde de ces moments.

Alors je me suis aussitôt connectée sur le compte et j’ai été dans les messages reçus et là le déclic. Des dizaines de messages de femmes me racontant leurs horreurs et me remerciant de les mettre en lumière. Depuis ce jour je ne me suis plus arrêtée (et je ne suis pas prête de m’arrêter) dans ce combat. Échanger avec des femmes ayant vécues des choses similaires ça aide énormément, on se sent moins seules et COMPRISES.

2. A quel moment as-tu réalisé que ton expérience personnelle était loin d’être un cas isolé ?

Au tout début, en faisant des recherches sur le web, et ensuite sur @balancetonuterus, quand j’ai reçu des dizaines de témoignages, plus terribles les uns que les autres. Il faut savoir qu’aujourd’hui (Février 2020), j’ai des centaines de témoignages en attente… 🙁

3. Tu partages des témoignages anonymes, mais aussi des vidéos sur ta page Facebook. Comment les sélectionnes-tu ?

Alors les vidéos, j’en ai reçu deux et je les ai donc mises toutes les deux en ligne. Je suis d’ailleurs en train de préparer mon propre témoignage sous ce format car je pense que la vidéo est sûrement plus percutante et on ressent davantage les émotions…

Concernant les témoignages écrits, je ne les trie pas dans le sens ou celui-là est mieux à partager car plus choquant… Chaque VOG est grave, pour moi il n‘y a pas d’échelle de gravité à partir du moment où le traumatisme est là. Je les partage donc dans l’ordre chronologique la plupart du temps.

Il arrive parfois que j’en lise plusieurs d’affilé et qu’il y en est un qui me touche profondément, que je sens que la personne est encore en détresse et qu’elle a besoin d’échanger avec d’autres ayant vécues des choses similaires. Dans ces cas là, je le partage tout de suite.

Mais je fais au mieux pour traiter chaque témoignage. Je sais que ça ne se voit pas forcément, car comme je le disais, j’ai des centaines de témoignages en attente.

4. Peux-tu nous parler de ton autre compte, recogyneco, qui permet une mise en relation avec des professionnels de santé  ?  

Sur le compte de base @balancetonuterus , j’ai souvent des messages me demandant des recommandations sur telle ville pour trouver un praticien bienveillant. Pour une question purement pratique, j’ai décidé de dédier un compte Instagram uniquement à ça où chaque personne peut demander des recommandations de gynécologues et de sage-femmes.

Il existe déjà des sites comme Gyn&Co par exemple, qui référencent ces professionnels de santé. Mais je pense qu’il faut quand même vérifier les avis sur Google quand on a un nom, car se baser sur une seule expérience n’est pas forcément le reflet de la réalité. Chacun et chacune a des exigences et ressentis différents. J’ai moi-même été consulter des gynécos recommandés sur ce genre de sites et j’ai été très déçue.

Une fois, un médecin avait été recommandé par une femme sur Balance Ton Utérus. Elle disait qu’il était génial, bienveillant, doux, etc… quelques minutes après je reçois plusieurs messages de femmes me disant qu’elles connaissaient ce praticien et qu’il leur avait fait vivre l’enfer…

Donc j’ai créé recogyneco pour répondre aux besoin de ma communauté, mais je pense qu’il faut quand même plus d’un avis pour être sûr que c’est un bon professionnel de santé.

5. Tu as participé à un talk Les Nanas d’Paname, est-ce que tu aimerais sensibiliser davantage aux VOG via des conférences ?

Oui, j’y ai assisté. C’était très intéressant et motivant de voir ces femmes raconter leurs histoires et voir que malgré leurs blessures passées, elles ont su se relever, se battre et vivre sans regrets.

Oh ouiii j’aimerais beaucoup. Les VOG sont un sujet qui me tient vraiment à coeur. J’espère que dans un avenir proche les femmes ne vivront plus cet enfer, n’angoisseront pas à l’idée d’aller consulter pour leur santé.

Que chacune de nous osera dire STOP quand quelque chose ne se passe pas bien.

Pour ne rien manquer de Marine !