Je suis sûre que vous avez repéré « Entre mes lèvres, mon clitoris » cette petite merveille de Caroline Michel et Alexandra Hubin aux éditions Eyrolles qui vient remettre au centre de notre plaisir, notre clitoris, longtemps blacklisté par une société phallocentrée.

Bête rose noire qui s’est vue affubler de tous les noms, comme appendice, et surtout de tous les maux, le clitoris méritait qu’on raconte sa véritable histoire ! Caroline Michel et Alexandra Hubin nous compte avec humour et délice son parcours (du combattant) pour mieux revenir sur le devant de la scène dernièrement.

Mais qui se cache derrière ces confidences ? Eh bien, deux femmes très actives dans la sexualité pour notre plus grande CULture ! Caroline Michel, journaliste psycho et sexo pour la presse féminine et auteure du blog ovary.fr. Et Alexandra Hubin, fondatrice de la sexologie positive (SexoPositive), docteur en psychologie, sexologue et auteure de plusieurs ouvrages. Voilà qui est dit !

Alors je vous vois venir, encore un article féministe qui prône le clitoris, cet organe au combien mystérieux pour mieux culpabiliser les hommes de ne pas le trouver et/ou de ne pas l’apprivoiser comme il se doi(g)t(e) ? Eh bien non, pas du tout, « Entre mes lèvres, mon clitoris » s’adresse aussi bien aux femmes qu’à leur(s) partenaire(s) parce que le sexe, les caresses, le plaisir, bref appelez-ça comme vous le voulez, ça se vit à deux certes, mais cela passe aussi par une connaissance de soi au préalable.

D’ailleurs comme le disent si bien Caroline et Alexandra « Atteindre l’orgasme est une rencontre entre deux corps. Quand ça fonctionne c’est à deux, quand ça plante aussi. » Donc on se détend un peu, parce qu’on en reparle plus bas (de l’article bien sûr).

Couverture de « Entre mes lèvres, mon clitoris » aux éditions Eyrolles

A chacun sa recette du labeur

On commence par un passage de ce guide qui résume très bien notre rapport à la sexualité : […] La sexualité n’a rien de mathématique et on ne peut délivrer de recette comme en cuisine. Chacune remanie sa quiche, choisit ses ingrédients, ses quantités, son temps de cuisson, parce que chacune se dirige vers le résultat qui la fera frémir. Et quand on ne sait pas bien, quand on se cherche encore, on teste plusieurs recettes de quiche. Parfois impossible de s’arrêter à une, on les aime toutes, on alterne, on en fait de sandwich… »

Vous avez compris ? Pas de recette miracle ici, dans leur ouvrage Caroline Michel et Alexandra Hubin nous donnent des pistes pour « sexplorer » afin de mieux nous ré-approprier notre plaisir dans un premier temps. Le but, se connaître suffisamment en long, en large et en travers (sans mauvais jeu de mots) pour arriver à guider notre partenaire.

En effet, les hommes sont de plus en plus soucieux du plaisir de leur moitié, contrairement à ce qu’on pourrait nous faire croire. Comme les auteures le soulignent « Désormais Jules cherche à faire du bien à sa compagne. Il octroie des cunninlingus, il prend le temps de stimuler son clitoris et l’ensemble de ces zones érogènes ».

Mais attention ça ne sert à rien d’attendre jambes écartées le minou à l’air que Bibou vous fasse grimper au 7ème ciel, si d’emblée, vous ne l’avez jamais touché (votre sexe et non Bibou). Bref je ne vais pas vous faire un dessin, parce qu’il y en a plusieurs dans ce guide, même qu’ils sont de Lori Malépart-Traversy, illustratrice et réalisatrice québécoise du court-métrage Clitoris !

S’acharner sur plus petit que soi, c’est moche…

Tout ce qui est petit est mignon ? Bah apparemment non… c’est à se demander ce que le clitoris a bien pu faire dans une vie antérieure pour que certains aient eu envie de lui faire autant la misère !

Ce cadeau de la nature a vraiment été maltraité (et nous avec) alors qu’il n’a rien demandé. Entre sa découverte en 1559 par Mateo Ronaldo Colombo, jusqu’à sa modélisation en 3D en 2015 par Odile Fillod… Il n’a cessé d’être mis de côté au profit du vagin, du point G voire même de la procréation, allons-y pendant qu’on y est ! Si nous n’avons pas besoin de jouir pour enfanter alors à quoi bon s’y intéresser hein ?

Le clitoris © Le Guide de Survie Sexuelle de la Business Girl chez Tabou

Les différentes parties dédiées à l’histoire du clitoris m’ont beaucoup fait rire ! Caroline Michel et Alexandra Hubin retracent avec humour les péripéties de ce cher clitoris, qui a traversé bien des déserts avec son petit bâton avant de trouver son oasis ! Je vous jure qu’après avoir eu connaissance de ses diverses représentations tout au long de notre civilisation vous le bichonnerez comme jamais, parce qu’il le mérite et nous aussi !

Justement, l’un des moments les plus hilarants est la découverte du clitoris 3D d’Odile Fillod par les hommes et les femmes interrogées par les auteures, dont voici un extrait même si je vous laisse découvrir la suite en librairie : « Un petite bête rose ? Un personnage de dessin animé ? Barbie ® (qui s’est bennée du toboggan?) Un Tamagochi ® sur pied ? » Une méconnaissance qui fait sourire, mais qui témoigne aussi d’un obscurantisme (clitoridien) encore bien présent dans notre société dite moderne…

Et puis il y a aussi « les clitoris de la table ronde », bon j’avoue c’est pour le jeu de mot, mais en fait il s’agit d’un atelier organisé par Caroline et Alexandra où 10 femmes (soit 12 au total en comptant nos auteures) s’ouvrent petit à petit sur leur sexualité pour les besoins de ce livre. On y parle de ressenti et de perception du corps dans le but de partager son expérience et non se comparer. C’est assez intéressant de voir une sororité s’établir au fur et à mesure des témoignages.

Stop à l’injonction de la réussite

Comme le disent Caroline Michel et Alexandra Hubin « Le sexe est encore soumis aujourd’hui à la réussite. Nous vivons dans une société hyper-sexualisée qui nous oblige constamment à avoir des orgasmes plus forts ». Et si on arrêtait de se challenger sans cesse sous la couette ? Bien-sûr, on ne fait pas l’amour par charité, mais de là à privilégier la performance à son propre plaisir selon ce qui nous excite…

S’il me fait un cunninlingus, je vais obligatoirement devoir lui faire une fellation en retour ? Si je me touche pendant qu’il me pénètre, est-ce qu’il va mal le prendre ? Si je n’arrive pas à la faire jouir en la caressant, c’est que je ne suis pas un bon coup ? Est-ce que je dois simuler comme dans un porno pour lui faire comprendre que je prends mon pied ?

Nous nous sommes tous posés un jour ce genre de questions à un stade différent de notre sexualité. Ce qui prouve que notre bien-être sexuel est souvent mis à rude épreuve avec cette notion de performance qui est omniprésente d’autant plus dans l’identification masculine ! Comment peut-on se laisser aller et être soi, si on pense à tout ça ? Jouir ou réfléchir, il faut parfois choisir ! Caroline Michel et Alexandra Hubin en parlent avec sincérité et bienveillance tout au long de leur livre sous forme de confidences, de témoignages et de statistiques (bah oui il en faut un peu quand même.)

Carole Michel et Alexandra Hubin © Eyrolles

Quoi qu’est-ce qu’elle a ma vulve ?!

Là aussi, la course au « beau sexe » est actuellement partout. Le diktat du sexe parfait et imberbe, comme celui de la hardeuse dont on aimerait égaler les prouesses, est devenu une référence en terme d’esthétisme.

A tel point que comme Caroline Michel et Alexandra Hubin le soulignent « En 2015, la Société internationale de chirurgie esthétique (ISAPS) recensait plus de 95 000 labioplasties (réduction des grandes lèvres) et plus de 50 000 vaginoplastie (réduction ou élargissement du vagin » dans le monde !

Nous sommes toutes différentes et justement la variété des sexes est mise en évidence dans ce livre à travers un petit panel de vulves toutes aussi charmantes les unes que les autres. D’ailleurs si à la vue de ce dessin, vous avez un doute, c’est que vous n’avez pas regardé votre sexe depuis un petit bout de temps…

Parce que l’épilation fait aussi partie des « normes » actuellement, je vous invite à lire l’article de Caroline Michel sur l’etudiant.fr à ce sujet (entre autre) qui saura répondre à cette question, si vous vous la posez.

Pour conclure, « Entre mes lèvres, mon clitoris » se dévore d’une traite, c’est drôle, très bien écrit et surtout ça nous ressemble ! J’ai vraiment eu l’impression d’avoir une discussion entre copines. Ce guide déculpabilise la femme et son partenaire dans la quête du plaisir clitoridien sans pour autant en faire une priorité absolue.

« Même scénario qu’à l’adolescence avec l’orgasme dit vaginal. Aujourd’hui on va se mettre à courir après le plaisir clitoridien ? Entendre qu’il est puissant tandis qu’il est depuis des mois la nouvelle star de la sexualité pourrait dresser sous nos yeux une nouvelle montagne à gravir, que l’on soit homme ou femme. »

L’interview de Caroline Michel

Caroline Michel, auteure de Entre mes lèvres, mon clitoris

1.    Comment est né « Entre mes lèvres, mon clitoris » votre deuxième ouvrage avec Alexandra Hubin ?
Nous étions en réunion avec notre éditrice, Gwénaëlle Painvin, chez Eyrolles, et nous discutions de nos clitoris. Non, je plaisante : nous étions bien en réunion et nous réfléchissions aux sujets sexo qui méritaient d’être explorés, traités, racontés. Le clitoris a sonné comme une évidence : tout le monde pense qu’il s’agit d’un petit pois (que nenni). Dédier un livre au clitoris nous a paru d’une véritable utilité publique ! Nous n’avons pas tergiversé davantage : il fallait y aller, d’autant plus que le clitoris commençait à se montrer dans la presse, sur Instagram… et qu’il intriguait. Enfin, on le définissait, le montrait, le schématisait et l’enseignait. Nous désirions rejoindre le mouvement et redonner au clitoris ses lettres de noblesse.

2. Peux-tu nous parler de votre premier guide « Je SexoPositive ! » sorti en 2015 aux éditions Eyrolles ?
Un livre que j’ai pris extrêmement de plaisir à écrire aux côtés d’Alexandra ! Notre premier bébé à toutes les deux. Nous voulions revenir sur les injonctions qui gouvernent la sexualité et rassurer les femmes, mais aussi les hommes : le sexe, c’est une question de plaisir et ça se pratique comme on veut, quand on veut et avec qui on veut. Nous sommes libres. Cela ne veut pas dire que nous devons tout tester et jouir sept fois par nuit, cela signifie simplement que nous avons le pouvoir de décider. Décide de faire l’amour avec nos chaussettes si ça nous chante, ou sur un fond de Bruel si ça nous excite. Il n’existe aucune recette à suivre en matière de sexualité, si ce n’est la nôtre.

3.    Comment ça se passe quand on part à la « quête » du clitoris pour retracer son histoire ?  As-tu été surprise par certaines de tes découvertes ?
On prend un plaisir dingue ! Nous avons multiplié les recherches, les études. Nous avons questionné les femmes. J’ai adoré ce boulot. Et puis être deux, c’est avoir deux regards différents. C’était très enrichissant d’échanger. Pour déblayer le terrain et mené notre enquête nous avons passé une semaine ensemble. C’était génial de causer clito du matin au soir !
Ce qui m’a le plus surprise, c’est l’histoire du clitoris et plus précisément l’obscurantisme clitoridien. Cet organe, découvert il y a plusieurs siècles, a tantôt été mis de côté, tantôt dénigré, pour la simple raison qu’il n’existe que pour faire du bien ! Impossible à concevoir dans une société qui définissait essentiellement la sexualité selon les hommes et la pénétration… C’est d’une frustration ! Et cette frustration s’est transformée en moteur. Elle nous a donné de l’élan. Nous voulions informer, secouer, donner du plaisir.

4. L’humour est omniprésent dans ce guide, les expressions parfois employées sont hilarantes. Est-ce que l’humour permet de briser les tabous autour de la sexualité ?
Je crois que l’humour le permet, oui. Je crois aussi que l’humour décomplexe. Et que, quelque part, il attire. Sans humour, j’ai peur que le lecteur accroche moins. Avec un ton sympa, familier, et de proximité, on propose un voyage, une promenade, un bon moment. Ce n’est pas un calcul, nous n’avons pas choisi un ton spécifique. Tout simplement, c’est sorti tout seul.

5. A plusieurs reprises, les hommes sont décrits comme soucieux du plaisir de leur partenaire. Une envie de briser les injonctions qui les réduisent généralement à la pénétration ?
Complètement ! Nous défendons ces messieurs. Même avant que le clitoris ne fasse la une des journaux, les hommes connaissaient le clitoris. Peut-être que oui, certains sont maladroits, peut-être que oui, certains zappent les préliminaires, mais il faut arrêter de penser qu’ils sont des êtres autocentrés sur leur plaisir et qu’ils foncent à l’intérieur sans regarder ce qu’il se passe autour… Ils ont conscience du plaisir féminin. Ensuite, c’est à chaque femme de se « présenter ». On ne peut pas attendre de l’autre qu’il nous caresse comme on le souhaite sans intervenir. Le sexe est une rencontre. Chaque personne est unique. Selon nos préférences, nos attentes, ouvrons la conversation, guidons l’autre, tout comme lui nous guide et nous fait part de ses envies.

6. A plusieurs reprises, tu invites les femmes à s’explorer davantage afin de mieux se connaître. Une envie de déculpabiliser la femme dans sa quête du plaisir ?
Pour se présenter à l’autre, il faut d’abord se connaître. Le sexe, ça s’apprend. On peut bien entendu compter sur l’autre, son expérience, pour se découvrir. On se découvre toujours dans les bras d’un homme, parce que chaque homme nous propose quelque chose de différent. Mais on se découvre aussi en solitaire. Il y a comprendre l’anatomie de son corps, son fonctionnement, mais aussi identifier les caresses qui nous font du bien, les conditions qui nous conviennent pour nous abandonner, que ce soit à deux ou en se masturbant. Se connaître est gage de plaisir mais je dirais aussi que cet apprentissage nous rappelle que nous n’avons jamais fini de nous découvrir. Nous évoluons, nous nous surprenons et nos préférences ne sont pas figées dans le temps.

7. Tu mets l’accent sur une société hyper-sexualisée. Pourquoi il était important de dénoncer cette course à la performance qui fragilise de plus en plus le couple ?
Beaucoup ressentent une certaine pression, celle de faire l’amour « souvent » et jouir « très fort ». Sans cesse, on nous raconte que pour être heureux en couple, il faudrait tenir un certain rythme sexuel, du type « au moins une fois par semaine ». Ce genre d’informations, sommes toutes intéressantes, peuvent mettre mal à l’aise. On ne pense plus à ce que l’on veut, aime et partage, on pense alors à ce qu’il faut faire, dire, fantasmer.

8. Ton nouveau livre « Petite encyclopédie des règles » co-signé avec Sylvia Vaisman est sorti en février aux éditions f1rst, un petit mot sur ce nouveau guide pour terminer ?
Un guide différent et finalement, pas tant que ça. On traite de l’entre-jambes, mais ce n’est pas tout : les menstruations sont encore taboues aujourd’hui et il suffit de regarder derrière le passé pour comprendre. Les règles ont longtemps été considérées comme sales, maléfiques, dangereuses, parce qu’on ne comprenait pas d’où elles venaient et quel était leur rôle, jusqu’à ce que l’on découvre le phénomène de l’ovulation moitié XIXè siècle et que tout s’explique. Quelque part, clitoris et règles sont liés : tout ce qui est féminin a été dévalorisé durant plusieurs siècles. Il est temps d’en parler et d’en parler « vrai » !