Dans la mythologie, les trois grâces étaient les dignes représentantes des festivités, souvent synonymes des prémices d’un bonheur assuré.

Ces figures emblématiques illustrant l’allégresse, l’abondance et la splendeur, baptisées Euphrosine, Thalie et Aglaé, dansent à l’unisson pour célébrer tout ce que la vie nous donne à profusion.

Leur courbes généreuses et leur jeunesse éternelle ont été immortalisées par Raffaello Sanzio, plus connu sous le nom de Raphaël. D’ailleurs, cette peinture est conservée au musée de Chantilly, amis Cantiliens, si vous passez par là…

Bon t’es mignonne mais t’es pas un blog de mythologie, hein ?! Non pas que je me compare à une déesse, loin de là, il y a bien longtemps que j’ai dépassé la vingtaine, qui selon les grecs, était l’apogée de la plenitude.

Perso, je suis plutôt en pleine décrépitude, la trentaine, les seins qui pendouillent, me guettent… Quoique faudrait-il encore que j’en ai, mais ça c’est une autre histoire et je m’égare !

Maëlle, Lulu et moi avions programmé depuis au moins deux semaines un dîner pour oublier nos tracas quotidiens et le bonheur de nos ex-rivales respectives, qui nous causent des aigreurs d’estomac. Déjà que Lulu ne mange pas beaucoup.

Nous avions hâte de maudire les fiançailles de Julie, qui nous a pourri notre semaine avec ses posts Instagram sur sa future cérémonie sur les îles Maldives. Et que mon mec il est beau, et que je vais me marier les pieds dans l’eau et que même sur mon île il y aura un super réseau pour vous éclater mon bonheur à la gueule !

Bref, vous l’avez compris, nous voulions nous la coller bien profond, histoire de faire quelque chose d’inutile et de pas très sain pour aggraver notre cas. Comment ça, la gueule de bois elle est pas gluten-free ?

Et bien nous ne le sauront jamais… parce qu’à force de maudire le reste de l’humanité, et de rejeter sur l’autre la lourde responsabilité de réserver une table, aucune de nous ne l’a fait.

Secrets de coquines - Les 3 grâces

Le vigile, que l’amabilité rendrait certainement sourd et aveugle donc chômeur, nous toise avant de rester bloqué sur le décolleté ravageur de Maëlle…
– « Vous avez réservé à quel nom ? » nous demande-t-il.

Et là, nous nous sommes transformées en statue de sel comme si les foudres divines s’étaient abattues sur nous. The bourde, celle que tu n’aurais jamais voulu commettre, surtout un samedi soir.
– Lulu : « C’est pas moi qui ai réservé », se tournant vers moi, « C’est toi ? »
– Moi : « Euh, c’est pas moi ! On s’était mise d’accord sur le fait que c’était Maëlle non ? » me tournant vers Maëlle.

Maëlle, toute poitrine dehors pour faire front face à la menace imminente :
– « Ah bon ? », dit-elle faussement étonnée, la bouche en cul de poule. « Vous êtes sûres ? Parce que la semaine dernière j’avais une grosse angine, je ne pouvais pas parler ».

Regards désapprobateurs, Maëlle persiste et signe :
– « Et j’ai encore la gorge très sensible, je ne peux pas trop parler d’ailleurs, je vous laisse voir ça avec lui. »

Regards vengeurs…
– Lulu : « Espèce de mytho va, tu sors les seins à l’air et tu vas me faire croire, qu’eux aussi, ils éternuaient ? »
– Moi : « Et que ton bide il se mouche ?! Je vais la tuer ! »

Maëlle, se tournant vers le vigile, au bord de la crise de nerfs :
– « Vous ne savez pas ce qu’elles sont capables de me faire… Je les ai payé cher mes seins ! J’ai un prêt à rembourser, je dois capitaliser dessus ! »
– Lulu : « Je suis au bout de ma vie ! Tu vois pourquoi je ne mange pas ! »

Inutile de dire qu’un samedi soir, même si tu as mis trois heures à t’habiller pour avoir l’air de finalement ne rien porter, tu auras beau montrer ta culotte ou plutôt ce qu’il y a dedans, tes seins, ou ton troisième téton, rien n’y fait.

Nous nous sommes demandées, si nous devions nous mettre toute nue comme les déesses grecques pour avoir un aperçu de la bonté que notre prochain, mâle de préférence, pourrait nous accorder. A ce stade, nous avions perdu toute dignité et surtout tout espoir…

Et pourtant, je ne sais pas si ceux sont les seins de Maëlle qui ont été persuasifs. Peut-être, qu’en plus d’éternuer vraiment, ils ont le pouvoir de réchauffer le petit coeur de pierre qui sommeille en chacun de nous, parce que finalement le vigile nous a laissé rentrer.

Et après une heure à attendre en buvant et meuglant au comptoir comme des vieille vaches, et on a pu festoyer dans l’opulence et refaire le monde jusqu’à demain au moins !

P.S : Un grand merci à ma bichette, qui se reconnaitra, pour m’avoir inspiré quelques expressions !